Chapitre 1

Taylor

C’est vendredi soir, et je regarde les esprits les plus brillants de ma génération s’autodétruire en buvant des shots de Jell-O1 et des cocktails bleus servis dans des pots de peinture. Je suis entourée de corps en sueur qui se trémoussent, à moitié nus, fiévreux et hypnotisés par la musique électronique. La maison est pleine d’étudiants en psycho qui extériorisent leur rancœur contre leurs parents et finiront, malgré tout, par décrocher un MBA. Quant aux étudiants en sciences politiques, ils acquièrent déjà les bases dont ils auront besoin dans dix ans, quand ils rédigeront des chèques pour répondre au chantage qu’on leur fera ou qu’ils exerceront sur d’autres.

En gros, c’est une soirée typique sur la Greek Row2.

– Tu n’as jamais remarqué que la dance music fait penser à un couple bourré qui fait l’amour ? me dit Sasha Lennox.

Elle est à côté de moi dans un coin de la pièce, où nous nous sommes nichées entre une horloge et un lampadaire pour essayer de nous fondre dans le décor.

Elle me comprend.

C’est le premier week-end après les vacances de printemps. C’est donc la soirée annuelle Spring Break Hangover à la maison Kappa Chi, notre sororité. C’est un des nombreux événements que Sasha et moi appelons le « fun obligatoire ». En tant que Kappa, nous sommes obligées d’être là, même si notre présence est plus décorative qu’autre chose.

– Ce serait moins agressif s’il y avait une mélodie, au moins. Mais ça…

Sasha grimace et sursaute lorsqu’une sorte de sirène de pompiers jaillit des enceintes, suivie par une basse horripilante.

– Ça, c’est le genre de truc dont la CIA s’est servie pour ses tests MKUltra3.

J’éclate de rire et manque m’étouffer en prenant une gorgée du punch immonde que je sirote depuis une heure. Sasha est en licence de musique et elle a une aversion quasi religieuse pour tout ce qui n’est pas produit par de véritables instruments. Elle préfère être au premier rang d’un concert dans un bar miteux, à écouter les notes d’une Gibson Les Paul que d’être trouvée, même morte, sous les lumières d’une boule à facettes dans une boîte de nuit techno.

Qu’on soit d’accord, Sasha et moi n’avons rien contre nous amuser. On traîne dans les bars du campus, on fait des soirées karaoké en ville. (Du moins, je l’y accompagne et l’encourage lorsqu’elle chante, tout en me tapissant dans l’ombre.) Une fois, on s’est perdues dans le parc Boston Common, à trois heures du matin, parfaitement sobres. Il faisait tellement noir que Sasha est tombée dans le lac et a failli se faire attaquer par un cygne. Croyez-moi, on sait s’amuser.

Mais pour ce qui est de cette pratique quasi ritualisée qui consiste à se mettre la tête à l’envers au point de confondre l’ébriété avec l’attirance, et l’inhibition avec la personnalité… ce n’est pas l’idée qu’on se fait d’un bon moment.

– Fais gaffe, grommelle Sasha en me mettant un coup de coude alors que des cris et des sifflements nous parviennent depuis l’entrée de la maison. Les ennuis arrivent.

Car un tsunami d’épaules massives et de torses puissants déferle dans la pièce, au chant de « Briar ! Briar ! ».

Tels les Sauvageons prenant d’assaut Châteaunoir, les goliaths de l’équipe de hockey de Briar University déboulent dans la maison.

– Ave ! les héros conquérants, je marmonne d’un ton sarcastique tandis que Sasha masque son sourire narquois derrière sa main.

L’équipe de hockey a gagné son match ce soir, ce qui leur a permis d’accéder à la première étape du championnat national. Je le sais parce que notre sœur Kappa, Linley, sort avec un des remplaçants de l’équipe, elle était donc au match, sur Snapchat, pendant qu’on récurait les toilettes, qu’on passait l’aspirateur et qu’on préparait les cocktails pour la fête. Ce sont les privilèges qu’on acquiert lorsqu’on sort avec la royauté. Même si son mec, un remplaçant de quatrième zone, n’a rien du prince Harry et tout du fils cocaïnomane d’un lointain parent du prince.

Sasha sort son téléphone du haut de son legging ultramoulant en faux cuir et regarde l’heure. Je baisse les yeux vers l’écran et ne peux m’empêcher de grogner. Bon sang, il n’est que vingt-trois heures ? Je sens déjà arriver une migraine.

– Non, c’est cool, dit Sasha. Dans vingt minutes max, ces ogres auront terminé le fût de bière. Puis ils videront ce qui reste d’alcool dans la maison. Je pense que dans trente minutes, on est tranquilles.

Charlotte Cagney, la présidente de notre sororité, n’a pas été précise sur l’heure jusqu’à laquelle nous sommes obligées de rester. En général, lorsqu’il n’y a plus rien à boire, les gens partent en quête d’un after et on peut s’éclipser sans que personne ne le remarque. Avec un peu de chance, je serai en pyjama chez moi, à Hastings, à minuit. Connaissant Sasha, elle ira jusqu’à Boston et se trouvera un concert.

Nous sommes le duo d’outsiders de Kappa Chi. Nous sommes toutes deux arrivées là pour des raisons différentes, mais toutes aussi stupides. Pour Sasha, c’était à cause de sa famille. Sa mère, la mère de sa mère, la mère de sa mère de sa mère, et ainsi de suite, ont toutes été Kappa. Il était donc inenvisageable que Sasha ne fasse pas perdurer la tradition familiale. C’était ça ou dire adieu à ses études de musique jugées « frivoles » par sa famille. Elle vient d’une lignée de médecins et ses choix sont déjà suffisamment contestés comme ça.

Quant à moi, eh bien, je suppose que j’espérais que cela m’aiderait à me transformer. À laisser derrière moi la loser que j’étais au lycée pour devenir une meuf populaire à la fac. Je voulais me réinventer, avoir une nouvelle vie. Le problème, c’est que rejoindre leur club, porter leurs couleurs et subir des semaines d’endoctrinement n’a pas eu l’effet escompté. Je n’en suis pas sortie toute neuve et scintillante. C’est comme si tout le monde avait bu la potion magique et avait pu voir les couleurs éclatantes de l’arc-en-ciel, alors que moi je suis restée dans le noir parce qu’on m’a servi le placebo.

– Hé !

Un mec aux yeux vitreux vient vers nous et s’arrête à côté de Sasha sans quitter ma poitrine des yeux.

Côte à côte, nous incarnons la femme parfaite, le sublime visage symétrique de Sasha, son corps svelte et mes énormes seins.

– Vous voulez boire un verre ?

– Ça va, non, crie Sasha pour se faire entendre par-dessus la musique.

On lui montre nos gobelets quasi pleins ; c’est une stratégie très efficace pour éloigner les mecs en rut.

– Tu veux danser ? poursuit-il en se penchant sur mes seins, comme si c’était le micro d’un drive de fast-food.

– Désolée, je réponds, mais mes seins ne dansent pas.

Je ne sais pas s’il m’entend ou s’il comprend mon dédain, mais il hoche la tête et s’en va en titubant.

– Tes seins sont comme un aimant à tocards, ricane Sasha.

– Tu n’as même pas idée…

Je me suis réveillée un jour pour découvrir que deux énormes tumeurs avaient poussé sur ma poitrine pendant la nuit. Depuis le collège, je me trimballe donc ces trucs qui arrivent avec dix minutes d’avance sur moi. Je ne sais pas ce qui est le plus dangereux de nous deux : ma poitrine ou le visage de Sasha. Après tout, elle fait sensation rien qu’en allant à la bibliothèque. Les mecs se bousculent simplement pour être en sa présence, et ils sont tellement hypnotisés qu’ils en oublient leur prénom.

Un pop assourdissant explose dans la maison, et tout le monde grimace en couvrant ses oreilles alors qu’un silence confus s’installe.

– L’enceinte a pété ! crie une de nos sœurs dans la pièce d’à côté.

Tout le monde se met à la huer, et les Kappa se regroupent précipitamment pour trouver un moyen de sauver la fête avant que les invités ne se révoltent. Sasha ne cache pas sa joie. Elle me regarde d’un air ravi à l’idée qu’on va pouvoir s’éclipser plus tôt.

Mais c’était compter sans Abigail Hobbes.

Je vois ses boucles platine et sa petite robe noire se faufiler à travers la foule compacte, puis elle frappe dans ses mains et parle d’une voix qui exige l’attention et attire les regards de tous les invités sur sa bouche rouge.

– Écoutez, tout le monde ! Il est temps de jouer à Action ou Action !

Son annonce est suivie par des cris de joie, et encore plus de gens s’agglutinent dans la pièce. Le jeu est une tradition grandement appréciée chez les Kappa. Son nom parle de lui-même : quelqu’un vous met au défi de faire quelque chose, et il faut le faire. Il n’y a pas l’option « Vérité ». Parfois drôle, mais souvent horrible, cela a fini en plusieurs arrestations, au moins une expulsion et, d’après les rumeurs, quelques bébés.

– Voyons voir… commence la vice-présidente en tapotant son menton de son ongle manucuré.

Elle tourne sur elle-même et balaie les invités des yeux, cherchant sa première victime. Bien évidemment, ses yeux verts s’arrêtent sur Sasha et moi, et elle marche vers nous avec un air aussi machiavélique que mielleux.

– Oh, chérie, me dit-elle en m’étudiant de ses yeux vitreux et alcoolisés. Détends-toi, c’est une fête. On dirait que tu viens de te découvrir une nouvelle vergeture.

Abigail est méchante lorsqu’elle est saoule, et je suis sa cible préférée. J’ai l’habitude, venant d’elle ; mais les rires qui suivent chacune de ses attaques sur mon corps ne manquent jamais de laisser des cicatrices. Mes courbes me gâchent la vie depuis que j’ai douze ans.

– Oh, chérie, se moque Sasha en lui faisant un doigt d’honneur. Et si tu allais te faire foutre ?

– Ooooh, allez, répond Abigail avec une voix de bébé. Tay-Tay sait que je plaisante, lance-t-elle en plantant plusieurs fois son index dans mon ventre.

– Ne t’inquiète pas, Abs, on prie tous les soirs pour que tu arrêtes de perdre tes cheveux, rétorque Sasha.

Je me mords la lèvre pour m’empêcher d’éclater de rire. Ma meilleure amie sait que j’ai tendance à me pétrifier face au conflit et elle ne rate jamais une occasion de me défendre.

Abigail ricane.

– Alors, on joue ou pas ? demande Jules Munn, l’acolyte d’Abigail.

La grande brune marche vers nous en arborant un air profondément ennuyé.

– Qu’est-ce qu’il y a ? Sasha essaie encore de se défiler d’une action, comme à la soirée Harvest Bash ?

– Va te faire foutre, gronde Sasha. Tu m’as mise au défi de jeter une pierre sur la fenêtre du doyen. Je ne comptais pas me faire exclure de la fac pour un jeu débile et juvénile.

Jules hausse un sourcil.

– Elle vient vraiment de dénigrer une tradition séculaire, Abs ?

– Oh, mais oui. Mais ne t’en fais pas, Sacha, je vais t’offrir l’occasion de te faire pardonner, répond Abigail avant de marquer une pause. Hmm… Je te mets au défi de…

Elle se tourne vers les invités en réfléchissant à l’action qu’elle va attribuer à Sasha. Elle adore être au cœur de l’attention. Elle se tourne pour regarder Sasha.

– … de boire un Double-Double puis de chanter l’hymne de la maison.

Ma meilleure amie ricane et hausse les épaules comme pour dire « C’est tout ? ».

– La tête en bas et à l’envers, ajoute Abigail.

Sasha retrousse ses lèvres comme si elle s’apprêtait à mordre Abigail, ce qui excite tous les mecs présents dans la pièce. Ils adorent les combats de femmes.

– Si tu veux, répond mon amie en levant les yeux au ciel avant d’agiter ses bras et ses mains, comme si elle s’échauffait avant un combat de boxe.

Le Double-Double est une tradition Kappa qui consiste à boire deux doubles shots de n’importe quel alcool qui traîne, puis de boire de la bière à l’entonnoir pendant dix secondes et de terminer par dix secondes de poirier en buvant toujours de la bière. Même les buveurs aguerris ont du mal à tenir jusqu’à la fin. Y ajouter un poirier et obliger Sasha à chanter l’hymne à l’envers révèle simplement combien Abigail est sadique.

Mais du moment que ça ne peut pas la faire expulser de la fac, Sasha ne recule jamais devant un défi. Elle attache ses épais cheveux noirs en queue-de-cheval et elle prend le shot qui apparaît devant elle comme par magie. Elle en vide un, puis un autre. Elle résiste aux dix premières secondes sans problème tandis que deux mecs de la fraternité Theta lui tiennent l’entonnoir et que la foule l’encourage. Les cris s’amplifient lorsqu’elle fait le poirier sur le fût et qu’un joueur de hockey d’un mètre quatre-vingt-quinze lui tient les jambes pendant qu’elle boit. Une fois debout, ce qui épate tout le monde puisque la plupart des victimes s’écroulent, elle regarde Abigail d’un air féroce. Cette nana est une warrior.

– Écartez-vous ! déclare-t-elle en dégageant les gens du mur du fond.

Avec la grâce d’une gymnaste, elle lève les bras et fait le poirier contre le mur, les fesses en appui dessus, en équilibre sur les mains. À voix haute, confiante, elle chante l’hymne de notre sororité à l’envers, tandis que nous autres essayons bêtement de le chanter dans nos têtes pour savoir si elle se trompe.

Lorsqu’elle a fini, Sasha revient en position debout avec une élégance inouïe, puis elle salue la foule sous ses applaudissements.

– Bon sang, tu es un vrai robot, je m’exclame en riant lorsqu’elle revient dans notre coin des losers. Magnifique sortie, au fait.

– Je n’en ai jamais raté une, répond-elle.

En première année, Sasha était en passe de se qualifier pour les jeux Olympiques. Elle était une des meilleures sauteuses de l’histoire de la gymnastique, mais elle s’est broyé le genou en glissant sur du verglas et sa carrière s’est terminée de manière abrupte.

Détestant perdre la face, Abigail se concentre maintenant sur moi.

– À ton tour, Taylor.

Mon cœur se met à battre la chamade. Je sens déjà mes joues virer au rouge. Abigail sourit face à ma gêne, comme un requin qui perçoit les tremblements paniqués d’un bébé phoque qui a perdu sa maman. J’essaie de me préparer à affronter ce que mijote cette horrible sadique.

– Je te mets au défi de…

Elle racle lentement sa lèvre inférieure avec ses dents et je perçois déjà mon humiliation dans son regard avant qu’elle n’ouvre la bouche.

– … d’aller dans une chambre avec le mec de mon choix.

Quelle garce !

Des sifflements et des cris jaillissent de la bouche des mecs qui regardent encore ce spectacle nauséabond.

– Allez, Abs. Le viol ne fait pas partie des jeux traditionnels de la maison, dit Sasha en faisant un pas en avant pour se placer devant moi.

– Oh, ne sois pas si théâtrale, répond Abigail en levant les yeux au ciel. Je vais choisir quelqu’un de bien, ne t’en fais pas. Quelqu’un à qui aucune nana ne dirait non. Même Taylor.

Bon sang, ne m’oblige pas à faire ça…

À mon grand soulagement, la voix de Taylor Swift jaillit des enceintes.

– C’est réparé ! crie une des sœurs sous les applaudissements des invités.

« Blank Space » de Taylor Swift semble davantage intéresser les gens que le jeu débile d’Abigail. La foule se disperse et les convives vont remplir leurs verres avant de retourner s’aguicher sur la piste de danse.

Merci, Taylor-version-fine-et-canon.

Hélas, à mon grand désarroi, Abigail ne se laisse pas décourager.

– Hmmm, qui sera l’heureux chanceux…

Je réprime un grognement. J’étais naïve de croire qu’elle laisserait tomber. Lorsqu’un défi a été lancé, une sœur qui manque de l’accomplir du mieux qu’elle peut est punie sans pitié, et ce jusqu’à ce qu’une autre pauvre âme prenne sa place. Or, si ça ne tenait qu’à Abigail, personne ne me remplacerait jamais. J’ai déjà suffisamment de mal à m’intégrer dans la sororité comme ça ; si j’échoue à ce défi, je serai une paria pour toujours.

Elle parcourt la pièce du regard, sur la pointe des pieds, étudiant les différentes options. Soudain, un sourire s’étend sur son visage et elle se tourne à nouveau vers moi.

– Je te mets au défi de séduire Conor Edwards.

Merde.

Putain de merde.

Ouais, je sais qui est Conor. Tout le monde le sait. Il est dans l’équipe de hockey et il est souvent aux soirées de la Greek Row. D’ailleurs, il est aussi souvent dans les lits des membres des différentes sororités. Il est populaire, surtout parce qu’il est sans aucun doute le mec le plus canon de la promo, ce qui le met largement hors de ma portée. C’est le choix parfait, si le but de ce défi est de m’humilier en me faisant rejeter en public par un mec.

– Rachel n’est pas encore rentrée de vacances, ajoute Abigail. Tu peux utiliser sa chambre.

– Abigail, s’il te plaît, je commence en espérant qu’elle aura pitié de moi.

Mais ça a l’effet inverse.

– Qu’est-ce qu’il y a, Tay-Tay ? Je ne me souviens pas que tu aies eu peur d’embrasser un mec lors d’un défi ? Mais peut-être que tu n’aimes ça que quand il s’agit du mec d’une de tes sœurs ?

On en revient toujours à ça, avec Abigail. À sa revanche. Elle me fait encore payer mon erreur de deuxième année. Peu importe le nombre de fois que je l’ai priée de me pardonner, peu importe que je sois sincèrement désolée de l’avoir blessée : mon existence ne sert qu’à amuser Abigail en me faisant souffrir.

– Tu devrais voir un médecin, meuf, rétorque Sasha. Tu as l’air d’avoir un méchant cas de garcitude.

– Oh, pauvre Taylor, petite prude ! Ne lui tourne pas le dos ou elle te piquera ton mec, chantonne Abigail, imitée par Jules, comme toujours.

Leurs railleries menacent de me faire pleurer et je ne sens plus mes doigts. J’ai envie de me mettre en boule par terre. De disparaître dans le papier peint. De prendre feu. N’importe quoi, mais je ne veux plus être ici. Je ne veux plus être moi. Je déteste être au centre de l’attention et leurs moqueries attirent les regards de plusieurs personnes autour de nous. Dans quelques secondes, toute la maison va se mettre à chanter leur horrible chanson, ce serait mon pire cauchemar.

– D’accord, très bien ! je gronde pour les arrêter. Ok, j’accepte de relever le défi.

Abigail affiche un sourire triomphal.

– Va chercher ton mec, alors, dit-elle.

Elle s’efface pour me laisser passer et tend le bras vers la foule. Je me mords la lèvre et suis sa main des yeux, repérant Conor près de la table de bière-pong de la salle à manger.

Merde, il est super-grand. Avec des épaules larges. Je ne vois pas ses yeux, mais je peux admirer son visage de profil et ses cheveux mi-longs et blonds, coiffés en arrière. Ça devrait être illégal d’être aussi beau.

Allez ma grande, fonce.

Je prends mon courage à deux mains et me dirige vers le pauvre Conor Edwards qui ne se doute de rien.


Chapitre 2

Conor

Les mecs n’y vont pas de main morte, ce soir. Ça fait à peine vingt minutes qu’on est arrivés et Gavin et Alec ont déjà ouvert leur chemise en arrachant les boutons. Ils font désormais le tour de la table de bière-pong comme des Barbares conquérants. Cela dit, je dois admettre que je me sens plutôt heureux, moi aussi, d’avoir gagné le match décisif de ce soir. Encore deux victoires, et on sera dans les Frozen Four1. Même si personne ne le dira à voix haute de peur de nous porter la poisse, je crois que cette année est la nôtre.

– Conor, viens ici, enfoiré ! crie Hunter depuis l’autre bout de la pièce, où lui et quelques-uns de mes coéquipiers ont aligné des shots. Et amène les deux tocards avec toi.

Nous rassemblons notre équipe aux visages rougis par l’adrénaline et nous levons nos verres tandis que notre capitaine, Hunter Davenport, fait un discours. Il n’a pas besoin de crier, car la musique s’est arrêtée il y a une dizaine de minutes. Du coin de l’œil, je vois des membres de la sororité paniquer et s’affairer près de l’enceinte cassée.

Hunter nous regarde lentement, tour à tour.

– Je veux juste dire que je suis hyper-fier de nous tous, de notre persévérance au fil de la saison. On s’est soutenus les uns les autres, et tout le monde a fourni un maximum d’efforts. Il nous en reste deux, les gars, deux matchs, et on aura une chance de gagner. Alors profitez de cette soirée. Parce qu’ensuite, il faudra se reconcentrer et redoubler d’efforts pour remporter le trophée.

J’ai parfois encore du mal à y croire. Je n’en reviens pas d’être dans une fac de la Ivy League2 et de côtoyer les fils et filles des gens les plus riches et influents du pays. Mon équipe est ce qui ressemble le plus à une famille, en dehors de ma mère. Mais je ne peux pas m’empêcher de regarder derrière moi de temps en temps, comme s’ils allaient découvrir que je suis un imposteur.

Une fois qu’on a crié « Briar Hockey ! » à l’unisson, on vide nos verres cul sec et Bucky émet un cri guttural qui nous fait sursauter, puis éclater de rire.

– Eh, doucement ! Garde ton énergie pour les matchs, je déclare en riant.

Mais Bucky s’en fiche. Il est trop excité. Il est trop jeune, bête et plein de mauvaises intentions pour la soirée. Il va rendre une jeune femme très heureuse ce soir, je n’en doute pas.

En parlant de femmes, elles ne perdent pas de temps à se regrouper autour de la table de bière-pong pour nous regarder commencer une nouvelle partie. Cette fois, Hunter et sa copine Demi jouent contre Foster et moi. Or, la nana d’Hunter ne joue jamais fair-play. Elle a enlevé son sweat à capuche et elle est désormais en débardeur blanc. Son soutien-gorge noir fait flotter ses seins sous nos yeux comme par magie, et elle s’en sert pour nous distraire. Et ça marche, putain. Foster est aveuglé par ses seins et rate complètement la table.

– Putain, Demi, range-moi ces trucs, je grommelle.

– Quoi, ça ? répond-elle en les soupesant avant de les remonter sur sa gorge, feignant l’innocence.

Le tir d’Hunter atterrit sans aucun mal dans un de nos gobelets, et Demi me fait un clin d’œil.

– Je ne suis pas désolée, dit-elle.

– Si ta nana est prête à carrément enlever son débardeur, je veux bien déclarer forfait tout de suite, lance Foster pour agacer Hunter.

C’est trop facile. Hunter enlève aussitôt son tee-shirt et oblige Demi à le mettre.

– Concentrez-vous sur les gobelets, bande de tocards ! grogne-t-il.

Je réprime un éclat de rire et décide de ne pas remarquer que Demi Davis serait canon, même avec un sac-poubelle. Il y a une époque où j’avais envisagé de la séduire, mais avant qu’Hunter n’en prenne conscience, on savait tous que notre capitaine était raide dingue d’elle. Il leur a simplement fallu un peu de temps pour qu’ils comprennent qu’ils se plaisaient.

Pour l’instant, ma soirée s’annonce pauvre en conquête, même si ce ne sont pas les jolies filles qui manquent. Une belle brune essaie de m’embrasser dans le cou alors que ma balle atterrit dans un gobelet adverse. Toutes ces femmes semblent assez désespérées et, à vrai dire, ça ne m’emballe pas.

Pour être honnête, leurs visages commencent à se confondre dans ma tête. J’ai couché avec beaucoup de nanas depuis que je suis arrivé à Briar, à l’automne. Je sais les séduire et faire en sorte qu’elles se sentent spéciales. Toutefois, et je serais moqué sans relâche si je l’admettais devant mes coéquipiers, aucune des nanas avec qui j’ai couché n’a fait quoi que ce soit pour que je me sente spécial. Certaines ont fait mine de vouloir me connaître, mais pour la plupart, je ne suis qu’une conquête, un trophée pour rendre leurs amies jalouses. En général, elles ne me posent pas la moindre question. Elles veulent juste plonger leur langue dans ma bouche et leurs mains dans mon boxer.

Bon sang, qu’elles m’achètent des fleurs, au moins. Je me contenterais même d’une bonne blague.

Et puis, après tout, ce n’est pas comme si je cherchais une relation sérieuse. Quand je couche avec la même fille pendant une semaine, voire un mois, on est tous les deux parfaitement conscients qu’on ne compte pas rester ensemble longtemps. Ce qui est très bien, car je m’ennuie facilement, et les relations sérieuses sont tellement barbantes.

Ce soir, je suis totalement blasé par la horde de nanas qui paradent près de la table de bière-pong, par leurs sourires faussement timides et les caresses, prétendument accidentelles, de leurs seins sur mon bras. Mouais, aucune de ces meufs ne m’intéresse. Je suis lassé par ce rituel de séduction qui finit toujours de la même manière. Je n’ai même plus besoin de les draguer, or c’est presque le plus sympa dans l’histoire.

La foule applaudit lorsque la musique jaillit de nouveau des enceintes. Une fille en profite pour m’inviter à danser, mais je secoue la tête et essaie de me concentrer sur le jeu. Ce qui n’est pas facile, parce que des éclats de voix venus du jardin attirent tout le monde vers la baie vitrée. Distrait, Foster rate son tir, et je suis sur le point de l’insulter lorsque quelque chose retient mon attention.

Je tourne la tête vers le salon et vois une blonde à l’air apeuré venir vers nous, un peu comme un lapin qui essaie de regagner son terrier après avoir repéré un renard affamé. Je crois d’abord qu’elle va courir vers la fenêtre avec les autres, mais il se passe quelque chose de bizarre.

Elle marche droit vers moi, saisit mon bras et me tire vers le bas pour pouvoir me parler à l’oreille.

– Je suis désolée de faire ça et tu vas me prendre pour une folle, mais j’ai besoin de ton aide, donc je t’en supplie, joue le jeu, dit-elle, si vite que j’ai du mal à la suivre. J’ai besoin que tu viennes avec moi à l’étage et que tu fasses comme si on allait coucher ensemble. Mais je n’ai pas vraiment envie de toucher ton pénis, ou quoi que ce soit du genre.

Quoi que ce soit du genre ?

– C’est un défi stupide et je te serais éternellement redevable si tu me rendais ce service, chuchote-t-elle.

Je dois admettre que je suis intrigué.

– Alors, si j’ai bien compris, tu ne veux pas coucher avec moi ? je murmure sans parvenir à cacher combien je suis amusé.

– Non. Je veux juste faire semblant.

Je prends le temps de la regarder et remarque qu’elle a un joli visage. Elle n’est pas à couper le souffle comme Demi, mais elle est très belle. Quant à son corps… putain. C’est une vraie pin-up. Sous son pull extra-large qui tombe sur une épaule, je devine une paire de seins énormes que je pourrais passer toute une nuit à embrasser. Je jette un œil sur ses fesses et me vois déjà la pencher en avant sur mon lit.

Quand elle lève la tête vers moi et que je découvre le désespoir dans ses yeux turquoise, mes pensées salaces partent en fumée. Quelque chose se brise en moi. Il faudrait vraiment que je sois un connard pour tourner le dos à une nana qui a si clairement besoin de mon aide.

– Alec, je crie sans quitter des yeux ma pin-up.

– Yo, répond mon coéquipier.

– Remplace-moi. Mets une branlée au capitaine et à sa copine démoniaque pour moi.

– Ça roule.

Je ne rate pas les rires entendus d’Hunter et de Foster ni le ricanement de Demi.

La blonde regarde la table de bière-pong d’un air incertain.

– Ça veut dire oui ?

En guise de réponse, je coiffe une mèche derrière son oreille et effleure sa tempe avec mes lèvres. Car quiconque torture cette pauvre fille est très certainement en train de nous observer.

– Je te suis, ma belle.

Elle écarquille les yeux et j’ai l’impression pendant quelques secondes que son disque dur a planté. Ce n’est pas la première fois que ce genre de chose arrive à une fille en ma présence. Je la prends par la main et, sous des cris choqués et surpris, je la guide à travers la foule compacte, car je connais sans doute cette maison aussi bien qu’elle.

Je sens des dizaines de paires d’yeux sur nous quand nous montons l’escalier. La blonde serre plus fort ma main, ce qui me laisse penser que son cerveau s’est remis en marche. Arrivés au premier étage, elle m’emmène dans une chambre où je n’ai encore jamais dormi, et elle ferme la porte à clé derrière nous.

– Merci, soupire-t-elle dès que nous sommes seuls.

– Il n’y a pas de quoi. Ça t’embête si je me mets à l’aise ?

– Euh, ouais. Enfin non, ça ne me dérange pas. Assieds-toi, si tu veux. Ou… ah, ok, tu t’allonges.

Je souris de la sentir aussi nerveuse. C’est mignon. Je me couche sur le lit couvert de peluches et de coussins, mais elle reste debout contre la porte.

– Je dois admettre que je n’ai jamais vu une nana aussi malheureuse d’être enfermée dans une chambre avec moi, je déclare en joignant mes mains sous ma tête.

Ma remarque a l’effet escompté et je vois ses épaules se détendre un peu. Elle esquisse un sourire timide.

– Je n’en doute pas.

– Je m’appelle Conor, au fait.

– Je sais, répond-elle en levant les yeux au ciel.

– Pourquoi tu lèves les yeux au ciel ?

– Non, pardon, pour rien. C’est juste que je sais qui tu es. Tu es une star, sur le campus.

Plus je la regarde, avec ses mains appuyées sur la porte et ses cheveux blonds un peu décoiffés qui tombent sur ses épaules, plus je me vois tenir ses mains au-dessus de sa tête pendant que j’explore son corps avec ma langue. Sa peau a l’air délicieuse.

– Taylor Marsh, dit-elle tout à coup.

Je reviens à la réalité et suppose que le silence a duré un peu trop longtemps.

Je me glisse au bord du lit et saisis un coussin pour en faire une barrière.

– Allez, viens. Si on doit rester ici un moment, autant qu’on devienne amis.

Taylor éclate d’un rire nerveux, mais semble se détendre un peu plus. Elle a un joli sourire, lumineux et chaleureux. Malgré cela, elle n’est pas prête à me rejoindre sur le lit.

– Ce n’est pas une technique de drague, au fait, dit-elle en mettant les peluches en file indienne entre nous, comme des vigiles. Je ne suis pas une folle qui invente des prétextes pour s’enfermer avec des mecs et les maltraiter.

– Mais bien sûr ! j’acquiesce en exagérant mon sérieux. Tu as le droit de me maltraiter un peu, tu sais.

– Non, répond-elle en secouant vivement la tête, me laissant penser que j’ai réussi à percer sa carapace. Pas de maltraitance. Je te promets d’être sage.

– Alors dis-moi ; pourquoi une fille qui est censée être ton amie te ferait vivre ce qui est clairement un cauchemar pour toi ?

Taylor soupire longuement, puis elle saisit une tortue en peluche et la serre contre elle.

– Parce qu’Abigail est une garce de compétition. Je la déteste.

– Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Elle me regarde du coin de l’œil d’un air dubitatif, hésitant clairement à me faire confiance.

– Je ne répéterai rien. Promis.

Elle lève les yeux au ciel et sourit d’un air enjoué.

– L’an dernier, il y a eu une fête comme celle-ci. Et j’ai été mise au défi d’embrasser un mec.

– Bon sang, mais c’est une manie dans cette maison, on dirait.

– Ouais, eh bien, je n’étais pas plus enthousiaste à l’époque que ce soir. Mais c’est leur truc, à ces pestes. Elles savent que je suis timide avec les mecs et elles aiment jouer avec mes complexes.

– Les nanas sont vraiment vicieuses.

– Mec, tu n’as pas idée.

Je roule sur le côté pour me mettre face à elle.

– Ok, alors, vas-y. Tu as dû embrasser un mec.

– Oui. Eh ben, le truc, c’est que…

Elle tripote l’œil en plastique de la tortue avant de répondre.

– J’ai pris le premier mec que j’ai vu qui ne semblait pas ivre au point de me vomir dessus. J’ai saisi son visage, j’ai fermé les yeux et… tu sais… j’ai foncé.

– Ouais, normal.

– Mouais. Sauf que quand j’ai reculé, j’ai vu Abigail. Elle me fusillait du regard. Ce que je ne savais pas, c’est que le mec à qui j’ai roulé une pelle était le sien.

– Merde, T. C’est pas cool.

Elle cligne de ses beaux yeux bleus et fait la moue d’un air triste. Je la regarde parler et je deviens peu à peu obsédé par le grain de beauté à la Marilyn Monroe sur sa joue droite.

– Je ne savais pas ! Abigail change de mec comme elle change de marque de céréales. Je n’étais pas au courant des nouveautés de sa vie sentimentale.

– J’en déduis qu’elle n’a pas très bien pris la chose ?

– Elle a pété un plomb. Elle a fait une scène horrible. Elle ne m’a pas parlé pendant des semaines, ou seulement pour m’insulter ou faire des remarques insidieuses. Depuis, on est devenues ennemies, et elle ne rate jamais une occasion de m’humilier. D’où le défi de ce soir. Elle comptait sur le fait que tu allais me mettre un vent devant tout le monde.

Bon sang, je suis vraiment triste pour elle. Les mecs peuvent être débiles, c’est sûr, et dans l’équipe, on cherche toujours des moyens de se torturer les uns les autres, mais c’est dans le but de s’amuser. Cette Abigail joue dans un tout autre registre. Défier Taylor de draguer un mec dans l’espoir qu’elle se prendra un vent et sera humiliée devant tout le monde, c’est… sadique.

Soudain, alors que c’est parfaitement irrationnel, je ressens le besoin de protéger Taylor. Je ne sais rien d’elle, mais elle ne me semble pas être du genre à trahir une amie.

– Le pire, c’est qu’avant ça, on était vraiment amies. C’était ma meilleure alliée pendant la semaine de bizutage, en première année. J’ai failli abandonner plein de fois et c’est elle qui m’a aidée à tenir. Mais on s’était éloignées depuis que je ne vivais plus sur le campus.

Des voix parvenant du couloir attirent l’attention de Taylor, je fronce les sourcils en voyant des ombres bouger sous la porte.

– Argh, c’est elle, marmonne-t-elle.

Je discerne tout de suite l’angoisse dans sa voix. Elle devient blanche et son pouls bat sur sa gorge.

– Merde, elles écoutent.

Je me retiens de leur crier d’aller se faire foutre, car si je le fais, Abigail & Co sauront que Taylor et moi ne faisons rien. Il n’empêche que ces petites pestes méritent une leçon. Or, si je ne peux pas résoudre le problème de Taylor avec ces filles, je peux lui offrir une victoire, ne serait-ce que pour ce soir.

– J’espère qu’elles tendent l’oreille, je déclare avec un sourire espiègle.

Je saute soudain à genoux et saisis la tête de lit avec mes mains. Taylor m’étudie d’un air suspicieux et je lui réponds par un sourire ravi avant de me balancer d’avant en arrière de sorte que la tête de lit frappe le mur.

Bang, bang, bang.

– Putain, bébé, tu es tellement étroite, je grogne, bien trop fort.

Taylor couvre sa bouche avec sa main et elle hausse les sourcils en me faisant les gros yeux.

– C’est tellement bon !

Le mur tremble chaque fois que je secoue la tête de lit et je me mets à sauter sur place pour faire grincer le sommier. Bref, je réalise tous les bruits qui révèlent une belle partie de jambes en l’air.

– Qu’est-ce que tu fais ? chuchote-t-elle d’un air aussi horrifié qu’amusé.

– Je leur offre le spectacle qu’elles veulent. Allez, ne me laisse pas seul, T. Elles vont penser que je suis tout seul à prendre mon pied.

Elle secoue la tête. Pauvre petit lapin apeuré !

– Oh, putain, bébé, pas si vite, tu vas me faire jouir !

Je suis persuadé que j’ai été trop loin lorsqu’elle penche la tête en arrière, ferme les yeux et émet le gémissement le plus sexy que j’aie jamais entendu dans la bouche d’une femme que je ne suis pas en train de baiser.

– Ah, oui, là. Comme ça ! crie-t-elle. Mon Dieu, je vais jouir. Ne t’arrête pas. Continue.

Je ris tellement que je perds le rythme, et nous sommes bientôt aussi rouges l’un que l’autre, morts de rire.

– Hmmm, bébé. Tu aimes ça ?

– C’est tellement bon, gémit-elle. Plus vite, Conor.

– Tu aimes ?

– J’adore.

– Ouais ?

– Oh oui, mets-la-moi dans les fesses ! supplie-t-elle.

Je m’effondre et me tape le front sur la tête de lit en la regardant, choqué.

– Quoi ? C’est trop ? me demande-t-elle avec ses yeux innocents.

Mon Dieu, cette nana est vraiment quelque chose.

– Ouais, tu en fais un peu trop, je réponds d’une voix rauque.

Notre fou rire reprend de plus belle et on a bientôt du mal à poursuivre nos gémissements. On finit par arrêter, ayant sans doute trop fait durer la scène. Encore secouée par les rires, Taylor enfouit sa tête dans les coussins, les fesses en l’air, et je me surprends à me demander pourquoi on s’est contentés de faire semblant.

– C’était bon pour toi ? je demande en m’allongeant sur le dos.

Mes cheveux sont trempés et je les dégage de mes yeux, Taylor s’allonge à côté de moi.

Elle m’offre un regard que je n’ai pas encore vu sur elle, ce soir, ses paupières sont lourdes et ses lèvres sont rouges et gonflées après qu’elle les a mordues en gémissant. Son masque vient de tomber et je découvre qu’il cache une profondeur fascinante que j’ai de plus en plus envie d’explorer. L’espace d’un instant, je me demande si elle n’a pas envie que je l’embrasse. Mais elle cligne des yeux, et l’instant disparaît.

– Conor Edwards, tu es un mec respectable.

On m’a traité de pire. Ça ne veut pas dire que je ne vois pas combien son décolleté est délectable quand elle roule sur le côté pour me regarder.

– C’est la meilleure fausse baise de ma vie, je déclare d’un ton solennel, la faisant rire.

J’étudie ses joues rouges et sa peau lumineuse. Mon regard se rive de nouveau sur sa poitrine. Je sais ce qu’elle va répondre avant d’avoir posé la question, mais ça m’échappe néanmoins.

– Alors, on batifole ?


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