Prologue

SANDER

Je navigue difficilement entre les étudiants qui se sont donné rendez-vous dans la maison où j’habite avec ces quatre types devenus bien plus que mes colocataires. Ce soir, nous fêtons la fin des exams et, bordel, ça fait du bien de se dire que ces vacances bien méritées sont enfin arrivées. Je n’ai jamais eu de problème à suivre en cours, mais cette première année à Saint-Charles a été beaucoup plus intense que je l’imaginais. Pas facile de combiner les cours, les devoirs à rendre et les entraînements de foot. J’ai fait partie de l’équipe de mon lycée pendant les quatre ans durant lesquels j’y suis resté, mais je dois reconnaître que le niveau universitaire est bien plus exigeant. Les enjeux sont différents, on attend bien plus de nous, les coachs n’hésitent pas à nous foutre la pression pour que nous soyons à la hauteur.

Je traverse notre salon transformé en piste de danse et parviens enfin à atteindre Leander. En quelques mois, ce type est devenu mon meilleur ami. Ce n’était pourtant pas gagné, car nous n’avons absolument pas le même caractère. Il est le plus souvent casanier quand je suis fêtard, il paraît renfermé là où je suis enjoué. Cependant, si j’apparais aux gens comme le boute-en-train de service, ce n’est pas vraiment celui que je suis au fond de moi. Je suis sociable quand il s’agit de parler cinq minutes à des personnes que je ne reverrai jamais ; pour nouer de vrais liens, c’est une tout autre histoire. Leander a su voir clair dans mon jeu, dépasser ma carapace de clown de service.

Ce soir, mon pote arbore l’air renfrogné que je commence à bien lui connaître.

— Qu’est-ce qui t’arrive, Chaton ? le questionné-je en passant mon bras sur ses épaules.

Il se dégage de mon étreinte en me jetant un regard noir.

— Il m’arrive qu’on a invité à peine une dizaine de mecs. Tu peux m’expliquer comment on se retrouve avec plus de trente personnes ?

Leander a deux défauts. C’est le type le plus rabat-joie que je connaisse, et il n’est pas gay. Même pas un tout petit peu.

— C’est le prix de notre célébrité, mon petit, que veux-tu ?

Sa réponse ne me parvient pas tout à fait, mon attention est attirée par quelqu’un que je ne m’attendais pas à voir ici ce soir. Presque toute l’équipe de hockey vient de rentrer dans la maison, aggravant les grommellements de Leander à mes côtés. Moi, je n’ai d’yeux que pour Jeremiah, qui discute actuellement avec deux filles de l’équipe de cheerleading. Il fait plus ou moins partie de notre groupe d’amis depuis le début de l’année scolaire. Habituellement, il y a plutôt une inimitié entre les footballeurs et les hockeyeurs, mais Jer est le meilleur ami d’Eva, avec qui mon frère jumeau s’envoie régulièrement en l’air. Il a donc vite été intégré à notre groupe. Ou presque.

Je me souviens comme si c’était hier la première fois où je l’ai retrouvé en train de jouer à la PlayStation dans notre salon, comme s’il était chez lui. Son regard bleu a cherché le mien, comme pour s’excuser de l’intrusion, mais il n’a pas pour autant arrêté de jouer.

— Où sont les autres ? lui ai-je demandé.

— Dante est avec Eva.

— Et Leander ?

— Avec Eva aussi, a-t-il précisé, amusé.

J’ai éclaté de rire avant de m’installer à ses côtés pour jouer. Depuis ce jour-là, un lien étrange s’est tissé entre nous. Un lien que je ne pourrais pas qualifier d’amical, mais tout aussi fort. Peut-être même davantage. J’adore mes potes de la coloc, mais avec Jer les choses ont toujours été un peu différentes. Sans aucun doute parce que ça faisait un moment que je n’avais pas ressenti ce genre de choses aux côtés de quelqu’un. Ces frissons quand nous nous touchons par inadvertance, ces palpitations à l’idée de se revoir, cette manière de se chercher du regard dans une foule. Cette alchimie qui a commencé à me rendre dingue au fil des mois. Au départ, je me suis dit que tout ça n’existait sûrement que dans mon imagination. Je n’ai jamais vu Jeremiah qu’avec des filles, et même si je sais que ça ne veut rien dire, ça aurait bien été mon genre de me monter la tête avec quelque chose qui n’existe pas. Mais, au fil du temps, et des silences qui en disent plus long que de grands discours, j’ai fini par admettre que je ne me voilais pas la face, et que Jeremiah était sans doute mort de trouille. Alors j’ai rongé mon frein, ne voulant pas le bousculer. Jusqu’à la semaine dernière. Après un long après-midi de révision, j’ai profité de l’absence de mes potes à la maison pour faire ce que j’attendais depuis des mois. Je l’ai embrassé.

Le soulagement de ne pas me faire jeter a été indescriptible. Non seulement Jer ne m’a pas recalé, mais il m’a rendu mon baiser avec une ardeur que je n’attendais pas. L’intensité du moment aurait pu nous consumer tous les deux si mon téléphone n’avait pas sonné. Jer n’aurait pas pu réagir plus violemment s’il avait été frappé par la foudre. Il m’a repoussé si brutalement que j’en suis tombé du canapé, et il s’est enfui sans prononcer un mot. Depuis, aucune nouvelle. Je ne l’ai pas croisé de la semaine. Même si le campus est immense, je sais sans l’ombre d’un doute qu’il m’évite. Je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il a désormais eu le temps de réfléchir. Peut-être que, comme moi, il est arrivé à la conclusion que nous pourrions être plus que des amis. Ou peut-être pas.

L’incertitude me terrasse aujourd’hui. Elle m’empêche de tenter une approche, comme je l’aurais fait avec n’importe quel autre mec. Alors ça fait trente minutes que je le mate à la dérobée, comme un pervers, attendant le bon moment pour lui parler. Moment qui n’arrivera sans doute jamais. Mais si je ne me bouge pas ce soir, je n’en aurai peut-être jamais le courage. Si je ne fais pas le premier pas, je ne saurai jamais ce qu’il aurait pu y avoir entre nous.

C’est cette perspective qui me fait quitter le mur contre lequel je m’étais appuyé. Jeremiah est au bar, seul. C’est l’occasion ou jamais pour l’aborder. Je m’approche discrètement de lui, et si j’arrive à me retenir de l’enlacer par-derrière, je ne parviens pas à m’empêcher de le toucher. Il sursaute tellement fort qu’il renverse la moitié de son verre.

— Merde.

Je m’empare de serviettes sur le bar pour éponger le surplus de liquide sur sa main, mais il ne m’en laisse pas l’occasion et se recule brusquement. Dire que je suis déstabilisé est un euphémisme. Pourtant, j’aurais peut-être dû m’y attendre après sa réaction la semaine dernière.

— Ça ne te dérangeait pas tant que ça que je te touche vendredi, remarqué-je avec un petit sourire en coin pour tenter d’alléger l’ambiance.

Paniqué, il regarde de droite à gauche.

— Qu’est-ce que tu veux, Campbell ? grogne-t-il.

Je m’approche davantage, envahis son espace personnel.

— Je veux que tu assumes que je suis celui qui te fait bander comme jamais, susurré-je à son oreille. Et je veux qu’on reprenne là où on s’est arrêtés.

Son souffle s’accélère, et je crois presque avoir gagné la partie. Téméraire, je glisse ma langue sur le lobe de son oreille. Ce geste précipite cependant ma perte. Jeremiah me repousse mais, ma carrure égalant la sienne, je reste très près de lui. Comme au ralenti, je vois alors son poing se lever. Je n’ai pas le temps de l’esquiver qu’il rencontre ma mâchoire. Je suis déstabilisé par la force du coup et tombe à la renverse sur la table de salon qui se brise sous mon poids.

Dans la maison, le silence est assourdissant, malgré la musique qui continue à hurler dans les enceintes. Je n’ai pas le temps de me relever que Jeremiah est déjà parti. Il aurait pu simplement me dire qu’il ne voulait pas de moi, mais il a choisi la violence, et sa brutalité alimente une rage qui brûle en moi depuis des années. Je sais que ce soir, elle n’aura pas d’exutoire. Elle restera tapie dans mes entrailles jusqu’à ce qu’elle fasse ressortir le pire de moi et que j’explose.

Chapitre 1

SANDER

Quelques mois plus tard...

Quand je sors de la salle de bains, la musique m’assaille. Elle couvre le brouhaha créé par les voix des nombreux étudiants réunis chez nous. Je me demande un instant si on ne va pas tous se retrouver sourds à la fin de la soirée. Sur mon front, j’essuie une goutte d’eau qui a coulé de mes cheveux trempés, dans le but d’essayer de me rafraîchir.

Je m’arrête un instant au milieu de l’escalier pour contempler la foule qui a progressivement rempli la maison. La soirée du jour de l’an est l’une des plus populaires sur le campus, et nous avons voulu marquer le coup en faisant les choses en grand. Je me demande quand même si on n’a pas un peu abusé sur les invitations. Il fait chaud comme dans un four, alors que la température à l’extérieur doit approcher les –10 °C, et que toute la ville est toujours recouverte d’une épaisse couche de neige.

La porte d’entrée s’ouvre à nouveau, cinq étudiants supplémentaires s’engouffrent chez nous. Je ne reconnais aucun d’entre eux, et je suis à peu près sûr que mes potes ne les connaissent ni d’Ève ni d’Adam non plus. Une partie de la foule se déchaîne sur la piste de danse improvisée, je ne sais même pas comment ces gens arrivent à bouger. Instinctivement, je cherche Leander du regard. Je le connais, il doit être en train de péter un plomb face au nombre de personnes présentes qui ne cesse de croître. Si la police du campus a vent de notre petite fête qui est en train de se transformer en gigantesque bordel, elle va débarquer et virer tout le monde.

Dans un coin de ce qui a autrefois été un salon bien rangé – enfin, bien rangé selon les critères de cinq mecs –, je découvre mon meilleur ami en train de boire une bière, Moustique pendue à son cou. Mon pote, inconscient du monde autour de lui, affiche un grand sourire. Il est dans sa bulle avec cette nana qui a fait exploser sa petite vie tranquille il y a quelques mois. Un élan de jalousie me serre le bide. Pas dirigé contre Nyx. Malgré les allusions salaces que je balance régulièrement à mon pote, il est comme un frère pour moi. C’est leur bonheur que j’envie. J’aimerais tellement connaître cette sensation d’être aimé par quelqu’un sans concession, une fois dans ma vie. Ou plutôt, une fois de plus dans ma vie…

Je secoue la tête pour chasser ces pensées parasites qui ne devraient pas polluer mon esprit ce soir. Je poursuis ma descente jusque dans la pièce principale et lève les yeux au ciel quand j’aperçois mon jumeau, son téléphone en main. Il est en train de filmer deux types de son équipe de cheerleading, qui envoient en l’air une de leurs coéquipières. Ils ne s’envoient pas en l’air avec elle, ils la balancent dans les airs, littéralement. Heureusement que notre salon dispose d’un plafond cathédrale, sinon la pauvre serait déjà empalée sur le lustre. Il ne manquerait plus qu’on doive appeler une ambulance ! Et mon crétin de frangin est en train de poster leurs petites acrobaties sur TikTok, en direct, histoire d’attirer encore plus de monde, en plus de multiplier les probabilités que ça tourne mal. Un jour, je lui ferai bouffer son fichu portable.

Je me faufile jusqu’à l’endroit où Leander et Nyx sont en train de se lécher les amygdales.

— Beurk ! Dégueu ! crié-je pour couvrir le bruit de la musique. Franchement, vous pourriez respecter les petits yeux sensibles de votre pote Sander.

— Petits yeux sensibles ? se moque Nyx.

— Tu n’as pas un type à aller baiser quelque part ? me demande Leander. Histoire de t’occuper et que tu nous foutes la paix.

Je songe un instant à jouer le mec offusqué, mais ça ne tromperait personne. Baiser des types dans des coins lors de nos fêtes, c’est tout à fait mon genre.

— Nope, ce soir, j’ai envie de profiter de mes amis, de célébrer la nouvelle année qui se profile avec eux.

Leander se détache légèrement de Nyx pour m’observer avec suspicion.

— T’as consommé des trucs bizarres ? La dernière fois que tu as pris des champignons, tu as chanté le générique de La Petite Maison dans la prairie1 pendant une heure, en affirmant à tout le monde que tu étais la réincarnation de Nelly Olson.

Nyx éclate de rire.

— Oh ! Punaise ! J’aurais voulu être là pour voir ça ! s’esclaffe-t-elle. Ça devait être hilarant.

— Heureusement que tu es là, Moucheron, affirmé-je en lui collant un baiser sur le dessus de la tête. Au moins, toi, tu sais comment faire la fête !

Je jette un coup d’œil en direction du bar et fronce les sourcils.

— Où est ta fameuse margarita, d’ailleurs ?

— Y en a deux pichets au frigo, juste pour toi. Hors de question de servir ça à tous ces soiffards. Ça serait comme donner de la confiture à des cochons.

— T’es la meilleure, tu le sais, ça ? ajouté-je en l’arrachant à l’étreinte de Leander pour la serrer dans mes bras.

— Mais c’est fini, oui ! s’indigne celui-ci. Enlève tes sales pattes de ma copine et va te chercher un verre. T’es sentimental quand t’es sobre.

Je ricane en m’éloignant en direction de la cuisine et de la potion magique de Nyx. Je ne suis pas vraiment sobre, puisque j’ai descendu quelques bières tout à l’heure, mais je suis d’avis que quelque chose d’un peu plus fort ne me fera pas de mal.

 

Je suis penché dans le frigo quand j’entends quelqu’un grommeler derrière moi. Je devine immédiatement à qui appartient cette voix et, l’espace d’un instant, j’aimerais être assez petit pour pouvoir m’enfermer dans le réfrigérateur avec ma margarita. Comme je ne fais pas loin d’un mètre quatre-vingt-dix, je souffle un bon coup et m’extirpe de ma cachette avec le pichet entre les mains.

— Salut, dis-je froidement.

Jeremiah se tient devant la glacière remplie de bouteilles de bière. Il lève les mains dans un geste défensif.

— Tu vas encore essayer de me péter la gueule, Campbell ?

Je sais que je devrais m’excuser, que les choses n’auraient jamais dû en arriver là entre nous, que je devrais reconnaître avoir eu tort, mais j’en suis incapable. Ce type me met hors de moi. Encore ce soir, je sens la violence qui m’accompagne presque partout depuis que je suis ado monter en moi. Je prends une grande inspiration pour la contrôler. Cette fois, ça fonctionne, contrairement à notre dernière entrevue. Sur mes lèvres se dessine un sourire moqueur.

— Nope. Mais on pourrait s’adonner à un autre genre d’activités physiques, le provoqué-je en m’approchant de lui.

Il ne recule pas. Sa respiration devient erratique quand je lui chuchote à l’oreille :

— Je sais que tu ne rêves que de ça, que c’est à moi que tu penses quand tu te branles sous la douche.

J’éclate de rire en me détachant de lui avant de regagner le salon pour rejoindre mes amis. J’ai toujours la margarita dans les mains, mais je n’ai pas pris de verre. Je sens que cette soirée va être de celles où j’ai besoin de boire à même le pichet.

Chapitre 2

JEREMIAH

Je n’aurais jamais dû me pointer à cette soirée. Je le savais, pourtant. J’aurais dû rester peinard chez moi, à mater une série et à regarder la boule de Times Square descendre à la télévision. Mais encore une fois, j’ai craqué. Ça m’arrive souvent avec Eva, je suis incapable de lui tenir tête. Elle débarque avec son sourire, ses grands yeux suppliants et son « Ça ne sera pas pareil sans toi, Jer », et voilà que je fonce tête baissée.

J’aurais pu éviter de me retrouver nez à nez avec Sander dans cette foutue cuisine. Elle est loin d’être petite, pourtant, quand nos regards se sont croisés, elle me semblait manquer d’espace pour contenir toute la colère et la haine qui crépitaient dans l’air. Mon instinct me hurlait de détaler, mais j’ai résisté. Hors de question que je montre à ce connard le pouvoir qu’il possède sur moi, il est déjà assez insupportable comme ça. Alors j’ai joué le mec détaché et j’ai affiché un sourire narquois. Si ça ne tenait qu’à lui, il m’interdirait de foutre les pieds dans cette baraque. Dommage pour lui, son meilleur pote est aussi l’un des miens, ce qui est étrange quand on y pense. Comment Leander fait-il pour supporter une tête de con pareille ?

Je n’ai pourtant pas toujours pensé ça. Comment les choses ont-elles pu dégénérer à ce point ? Comment la complicité qui nous liait a-t-elle pu se transformer en un sentiment si proche de la haine ?

Je secoue la tête, essayant d’oublier ce que j’ai ressenti lorsque le souffle de Sander a effleuré mon oreille. « Je sais que tu ne rêves que de ça, que c’est à moi que tu penses quand tu te branles sous la douche. » Je frissonne au souvenir de sa voix rauque et dégoulinante d’ironie. Pas uniquement sous la douche. Évidemment, je ne le lui ai pas dit, ça n’aurait fait qu’aggraver mon cas.

Sauf que depuis, j’ai l’impression de retenir mon souffle tout en essayant de bloquer les pensées torrides qui ne cessent d’envahir mon esprit. Sander… Ma plus belle erreur. La pire de toutes, aussi. Je sais que je ne devrais pas le haïr autant, que c’est moi qui ai déconné. Mais je ne peux pas m’empêcher de lui en vouloir.

Je ravale mon agacement, et bois une gorgée de bière pour ôter la boule qui me noue la gorge. Ouais, clairement, je n’aurais jamais dû venir ici.

 

Étant le genre de type qui ne se laisse pas abattre, je scrute la pièce pour trouver celle qui me permettra d’oublier Sander et son putain de sourire. Des tas de filles sont en train de se trémousser sur la piste improvisée, même Eva s’en donne à cœur joie avec Nyx, sous le regard envieux de pas mal de nanas qui ont du mal à accepter que Leander se soit casé. J’en ai été le premier étonné, d’ailleurs. Et clairement, je n’ai pas l’intention de suivre son exemple. La fac, c’est fait pour s’éclater, pas vrai ? Pas pour se prendre la tête avec des histoires de couple.

Je décide de rejoindre Eva et l’attrape par la taille avant de la faire tourner dans mes bras. Elle éclate de rire et glisse ses mains sur mes hanches pour donner le rythme. J’aime danser avec elle. Beaucoup de gens trouvent ça étrange, un hockeyeur de pratiquement deux mètres et près de cent kilos en train de se déhancher sur de la musique, mais moi, je m’éclate. Sans compter qu’il n’y a rien de mieux que montrer ses talents de danseur pour faire craquer les filles, ce qui est mon but ce soir. Je ne compte clairement pas commencer l’année sans personne dans mon lit.

Tandis que je continue à danser avec Eva, je jette des coups d’œil autour de nous. Mon attention s’arrête sur une petite brune pulpeuse dont le décolleté ne cache rien de l’ample poitrine. Parfaite pour y glisser ma queue. Elle rougit quand je lui fais un clin d’œil, puis passe sa langue sur sa lèvre inférieure en s’assurant que je la vois faire. J’aime ces moments, ce jeu de séduction qui s’instaure sans que nous ayons besoin d’échanger le moindre mot.

Après avoir déposé un baiser sur la joue d’Eva, je l’abandonne à nouveau aux mains de Nyx avant de me diriger vers ma proie. Elle ne bouge pas, attend que je vienne la cueillir. Tandis que je saisis son poignet, un mouvement dans ma vision périphérique attire mon attention. Mon cœur cesse de battre l’espace d’un instant lorsque je découvre Sander, le corps pressé contre un type lambda qu’il vient de plaquer contre un mur, dévorant sa bouche, les mains enfouies dans les cheveux bruns de sa conquête. Ça me tue. À chaque putain de fois. Soit très souvent. Je ne pourrais même plus compter le nombre d’occasions où j’ai cru crever de jalousie en le voyant avec un autre gars. Sander a dû se taper tous les mecs pas totalement hétéros du campus. Tous, sauf moi, évidemment.

— Est-ce que ça va ? me questionne la fille d’une voix inquiète.

Je ferme brièvement les yeux et tourne la tête pour me soustraire à la vision de Sander sur le point de tirer son coup avec un autre que moi. Pourtant, même alors que je ne le regarde plus, mon esprit ne cesse de répéter cette phrase qui finira par me rendre fou un jour : Ça aurait pu être toi. Ça aurait dû être toi. Et tu es l’unique responsable de cet échec.

— Jeremiah ?

Évidemment, si je ne connais pas son prénom, elle connaît le mien. Comme quasiment tous les étudiants de Saint-Charles. Nous ne sommes peut-être pas autant adulés que ces foutus footballeurs, mais nous n’en sommes pas loin.

Je déglutis et passe une main sur mon visage avant de me concentrer de nouveau sur elle.

— Ouais ?

— Est-ce que tu veux qu’on aille ailleurs ? demande-t-elle en papillonnant des cils.

J’ai tiré le gros lot, je ne vais pas avoir besoin de fournir beaucoup d’efforts pour arriver à mes fins. Et tant mieux. Honnêtement, tout ce que je veux, c’est m’enfoncer en elle jusqu’à oublier, la baiser jusqu’à faire disparaître Sander de mon esprit, la faire crier pour ne plus entendre sa voix à lui, qui ne cesse d’envahir mes pensées.

— Carrément.

Elle me laisse la guider à travers la foule. Il n’est pas encore minuit, mais peu importe.

Alors que j’arrive près de la porte d’entrée, je ne résiste pas au besoin de tourner la tête une dernière fois. Je dois avoir des tendances masochistes, aimer me faire mal. Mais c’est plus fort que moi. J’ai besoin de savoir si Sander a remarqué mon départ, si lui aussi fait semblant de ne pas prêter attention à moi. Et lorsque je constate que ce n’est pas le cas, qu’il est bien trop occupé avec son plan cul de la soirée pour s’intéresser à mes faits et gestes, j’ai l’impression que mon cœur se compresse si fort qu’il pourrait exploser. Bonne putain d’année, Jeremiah.

Commander Les Dieux du Campus T2